Même si les congés pour l’occasion de cette fête traditionnelle ne durent généralement que quelques jours à partir de la veille du Nouvel An, les festivités, elles, s’étalent en fait sur près de trois semaines. Elles commencent le 24è jour du dernier mois lunaire, lorsque les dieux montent au Ciel pour rendre hommage à l’Empereur de Jade, la divinité taoïque suprême, et lui faire un rapport sur chaque famille. Selon la tradition, dans les maisons, on honore ces dieux avec piété en leur brûlant de la monnaie votive qui aide aux dépenses de leur périple céleste. Un autre rite est d’enduire de sucre de malt les lèvres de l’effigie du dieu du Foyer, également un des pèlerins divins, pour s’assurer qu’il rapporte à l’Empereur de Jade de bons propos sur la maisonnée ou bien garde devant lui le silence.
Des formules poétiques, ou « vœux de printemps », sont accrochées partout dans la maison. Ce sont des bandes ou des carrés de papier sur lesquels sont inscrits des souhaits exprimant à tous « bonheur », « succès », « longévité » et « joie ». Ces carrés de papier (traditionnellement apposés à l’envers parce que « renversé » se lit en mandarin tao, homophone du mot « arrivé ») représentent la venue du printemps ou de temps prospères.
La veille du Nouvel An chinois, les membres d’une famille qui vivent loin de la maison paternelle y retournent pour se réunir et partager un somptueux festin. A ce moment là, ils distribuent aux plus âgés et aux enfants de l’argent placé dans une enveloppe rouge qui portera bonheur, tandis que tous veillent pour accueillir l’année nouvelle. Les chinois ont longtemps cru que rester éveillés jusqu’au matin aidaient les parents à vivre plus longtemps. Ainsi, ce soir là, on n’éteint pas les lampes, non pas pour faire fuir l’horrible Nien, mais pour permettre à tous de rester ensemble, en famille. Certains se livrent à des cérémonies religieuses après minuit et fêtent dans leur maison la venue du dieu de la Nouvelle Année, un rituel qui se conclut par de longs craquements de pétards.
Le jour de l’an, le premier élan de chacun est de rendre l’hommage rituel aux ancêtres, puis de révérer les dieux. Les plus jeunes de la famille honorent ensuite les plus âgés. On revêt des habits neufs et on visite les parents proches, les amis et les voisins, échangeant des vœux accompagnés de la formule d’usage, kung-hsi-fa-tsai, « félicitations et prospérité ». C’est aussi le moment de se réconcilier, les rancunes étant balayées pour faire place à la cordialité et à l’amitié.
Une des activités les plus populaires de cette fête est certainement la danse du dragon et du lion. La frayeur que ces bêtes suscitent est censée repousser les esprits malins et le déploiement des danseurs agiles offre un spectacle apprécié.
Le deuxième jour de la nouvelle année est réservé aux femmes mariées. Elles retournent voir leurs propres parents. S’il s’agît d’une nouvelle mariée, son époux l’accompagne et apporte quelques cadeaux à la belle-famille. Selon une légende pleine de charme, le 3è jour est celui où les souris marient leurs filles. Aussi la veille au soir, se couche-t-on plus tôt pour permettre aux souris de fêter tranquillement leurs noces.
Le quatrième jour, l’enthousiasme commence à s’estomper. Dans l’après-midi, on prépare des offrandes de victuailles pour accueillir le dieu du Foyer qui revient de son voyage céleste. Ce retour marque aussi la fin d’une liberté sans surveillance divine, comme le révèle un vieil adage chinois : « il n’est jamais trop tôt pour renvoyer les dieux ni jamais trop tard pour leur demander de revenir ».
Le lendemain, les festivités de Nouvel An sont presque achevées. Sur les autels, on retire toutes les offrandes et la vie reprend son cours normal. Enfin, le 9è jour de l’an lunaire, d’autres offrandes sont présentées dans les cours des temples pour célébrer la naissance de l’Empereur de Jade.
Comme dans toutes les fêtes chinoises, la nourriture tient une place importante durant le Nouvel An et les repas sont généralement élaborés. La plupart des plats alors préparés sont censés apporter la bonne fortune. Par exemple, le poisson (yu) signifie que l’ « on a suffisamment » ; la ciboulette aillée (chiu-tsai) représente l’éternité ; le navet (tsai-tou), le bon présage ; et les boulettes de poisson (yu-wan) et de viande (jou-wan), la réunion. Les desserts ont également leur signification propre, comme le gâteau de riz glutineux (nien-kao) qui évoque la carrière réussie et, au bout du chemin, la prospérité. Les chinois du Nord servent des raviolis cuits à l’eau (shui-chao), ayant la même forme que les taëls, c’est-à-dire celle d’un sabot de cheval, censés apporter la richesse à ceux qui en mangent.
Cependant, le Nouvel An chinois n’est pas seulement un moment de joie. Il existe aussi des superstitions néfastes et des tabous qui n’ont pas tout à fait perdu de leur vigueur. On croit toujours qu’il ne faut pas balayer le sol pendant les cinq premiers jours de l’année lunaire, de peur de jeter hors de la maison le bonheur et la fortune.
Bien sûr, les jurons et les propos sur la mort sont proscrits en ces jours de liesse. Si on casse une assiette ou un plat, on prononce aussi vite que possible la phrase sui sui ping an (« paix pendant toute l’année ») pour conjurer le mauvais sort. Les bâtons d’encens et les bougies brûlent jour et nuit afin d’assurer la longévité dans la maisonnée. Chez d’autres, l’usage de couteaux ou de ciseaux est prohibé de crainte de ne couper le fil de la bonne fortune pour toute l’année qui commence. Quelques-unes de ces superstitions ont une connotation davantage spirituelle.
Les jours précédant le Nouvel An chinois, ceux qui vivent loin de leurs parents se préparent à retourner dans leur famille. Quoiqu’il advienne, les retrouvailles familiales seront toujours au cœur de la fête du Nouvel An chinois.